Quand on parle de paysage féministe français contemporain, certains noms reviennent dans l'actualité, les tribunes et les manifestations. Osez Le Féminisme est l'un d'eux. Fondée en 2009, l'association s'est imposée comme une voix structurée du mouvement, avec un fonctionnement en réseau qui irrigue le territoire bien au-delà de Paris. Pour comprendre ce qu'elle est, comment elle agit et ce qu'elle porte, le mieux est sans doute de regarder en même temps le national et un local, par exemple OLF 59, son antenne dans le Nord.
Une association née d'une réforme contestée
L'origine d'Osez Le Féminisme tient en une date : le 5 avril 2009. Cette année-là, la réforme Bachelot prévoit des coupes budgétaires qui menacent les financements du Planning familial. Une pétition mobilise largement la société française. Dans le sillage, une dizaine de jeunes femmes décident de créer une nouvelle organisation féministe. Elles hésitent un temps avec « Les clitoridiennes » avant de choisir « Osez Le Féminisme ! ». L'association grandit vite, lance un journal, organise un premier week-end de formation à Lyon.
Plus de quinze ans plus tard, le réseau revendique plus de 150 000 sympathisant·es, une présence médiatique régulière et une douzaine d'antennes actives en France : Marseille, Caen, Aurillac, La Rochelle, Montpellier, Rennes, Dole, Nantes, Lille, Clermont-Ferrand, Strasbourg, Paris. Depuis 2013, l'association siège au Haut Conseil à l'Égalité entre les femmes et les hommes.
Ce qu'OLF revendique
Sur sa page officielle, Osez Le Féminisme se présente comme une association féministe, progressiste, universaliste, intersectionnelle, abolitionniste, contre la lesbophobie et la biphobie, antiraciste, laïque, et indépendante des partis politiques. Ce sont des étiquettes qui pèsent : chacune renvoie à un positionnement précis dans un débat féministe français qui n'est pas monolithique.
Le label abolitionniste, par exemple, signifie qu'OLF défend la suppression de la prostitution et la pénalisation des clients, une position qui n'est pas partagée par tous les courants féministes, certains défendant au contraire les droits des travailleuses du sexe. De la même manière, le vocabulaire d'OLF sur la pornographie ou sur le collectif Némésis (qu'elle qualifie de « fémonationaliste ») marque des frontières revendiquées avec d'autres acteurs. Connaître ces positions, c'est connaître l'association.
Des campagnes qui ont marqué le débat public
OLF s'est fait connaître par des campagnes au format identifiable : un slogan, un visuel, une mobilisation web. Plusieurs sont devenues des repères :
« Viol – La honte doit changer de camp », menée avec le Collectif Féministe Contre le Viol et Mix-Cité, autour des violences sexuelles.
« Reconnaissons le féminicide », pour la qualification pénale du meurtre des femmes en raison de leur genre.
« Osez le Clito ! », sur l'anatomie clitoridienne et le plaisir féminin.
« Take Back The Metro », contre le harcèlement dans les transports.
« Marre du rose » et « Sang Tabou », sur les stéréotypes genrés et la précarité menstruelle.
Plus récemment, l'association s'est investie dans le débat sur le contrôle d'âge des sites pornographiques, dans la lutte contre les violences sexuelles devant la justice, et dans une lecture critique de l'état du sexisme publiée chaque année par le Haut Conseil à l'Égalité. En mars 2026, elle a publié un Manifeste pour une politique locale féministe à l'occasion des élections municipales.
OLF 59 : l'action nationale à hauteur de territoire
Comment tout cela se traduit-il sur le terrain ? L'antenne lilloise, OLF 59, en donne une bonne image. Présente à Lille depuis le début des années 2010, l'association locale est mixte, ouverte aux adhésions, et fonctionne avec des réunions publiques régulières. Historiquement, elle a tenu ses rendez-vous au Café Citoyen, et participe au Collectif 8 mars qui organise chaque année la marche féministe à Lille.
OLF 59 décline les campagnes nationales sur son territoire et mène ses propres actions : projections-débats, ateliers, interventions dans les MJC et établissements scolaires, présence dans les médias locaux. L'antenne s'est aussi distinguée par des prises de position publiques marquantes : en 2018, elle s'était opposée au concert de Bertrand Cantat à Lille, estimant que le droit à la réinsertion ne peut légitimer les violences faites aux femmes.
Aujourd'hui, OLF 59 anime sa communauté principalement sur les réseaux sociaux, avec environ 2 800 personnes abonnées sur Facebook et 1 400 sur Instagram, où l'antenne se présente associée au combat contre les violences faites aux femmes. C'est une présence modeste à l'échelle nationale, mais constante, typique du tissu associatif féministe régional.
Pourquoi ce mouvement intéresse au-delà de ses adhérent·es
Osez Le Féminisme n'est pas la seule association féministe française, et elle ne prétend pas l'être. Elle est une voix parmi plusieurs, identifiable à ses positions, à son style et à sa méthode. Pour celles et ceux qui s'intéressent aux droits des femmes, y compris depuis le monde du sport, de l'événementiel ou de l'engagement citoyen, la connaître permet de mieux lire l'actualité, d'identifier les acteurs en présence, et de comprendre les lignes de partage d'un débat féministe contemporain qui ne se résume pas à une voix unique.
Pour aller plus loin : osezlefeminisme.fr et, pour l'antenne du Nord, les pages Facebook et Instagram d'OLF 59.
